Baclofène, la mer à boire

Par Eric Favereau http://www.liberation.fr — 1 octobre 2015 à 18:26

Indiqué en cas de pathologies musculaires, ce médicament se révèle efficace contre l’alcoolisme, mais sa prescription dans ce cadre est si compliquée que les médecins le délivrent par des voies détournées.

Médiatisé depuis sept ans, réclamé par de nombreux patients alcoolo-dépendants, le Baclofène continue d’être largement prescrit… en toute illégalité.

«Ça ne marche pas.» Non pas le Baclofène, mais la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) octroyée en mars 2014. Alors que cette possibilité de mise sur le marché devait débloquer la situation et mettre enfin un terme à la polémique dont fait l’objet cette molécule, tout est figé. Et, pour une fois, tout le monde fait le même constat, que ce soit Dominique Martin, directeur de l’Agence nationale de sécurité des médicaments, ou le Pr Philippe Jaury, qui est un ardent partisan de ce médicament. Aujourd’hui, ce sont à peine 6 000 patients qui en disposent par des voies légales, quand plus de 90 000 continuent à en prendre de façon détournée. Cherchez l’erreur…

«Je leur avais dit depuis le début que cette RTU était mal foutue, avec des contraintes absurdes, et au final on arrive à ce constat», insiste le Pr Jaury. «C’est exact, la RTU ne semble pas adaptée», poursuit, diplomatiquement Dominique Martin, et nous allons mettre en place un groupe de travail pour y remédier.» Décorticage d’un blocage.

D’où vient l’imbroglio ?

Reprenons : pour être prescrit, un médicament doit bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) et cela pour des indications précises. Mais il arrive parfois qu’un médicament se révèle utile pour d’autres indications. Le médecin est alors autorisé à le prescrire hors AMM, mais il doit le mentionner sur l’ordonnance et appuyer son choix sur des données scientifiques. C’est ce qui s’est passé pour le Mediator, normalement destiné aux diabétiques obèses, et prescrit comme un coupe-faim.

L’histoire du Baclofène est un brin différente.

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