Le baclofène est le remède miracle contre l’alcoolisme

Cerveau & Psycho N°53 – septembre – octobre 2012 – Bernard GRANGER

Cette affirmation laisse entendre que le baclofène ne serait que le fruit d’une illusion chez des patients soulagés par une sorte d’effet placebo, uniquement parce qu’ils « y croient ». Mais d’abord qu’est-ce que le baclofène et d’où vient cette idée reçue ? Le traitement de la dépendance à l’alcool par le baclofène fait couler beaucoup d’encre, et si certains patients expriment publiquement leur guérison rapide et spectaculaire grâce à ce traitement, d’autres personnes, par dérision, parlent de traitement miracle.

Le dossier du baclofène ne suit pas le schéma classique du développement d’un médicament. Cette molécule a été commercialisée dans les années 1970 pour traiter la spasticité musculaire, des contractures musculaires d’origine neurologique. Ce traitement est toujours largement utilisé par les neurologues, à la fois par voie orale et, chez les personnes ayant une lésion de la moelle épinière, par injection dans le liquide céphalo-rachidien.

On connaît le mode d’action immédiat du baclofène : il facilite la transmission du gaba, le neuromédiateur inhibiteur le plus répandu dans l’organisme. Ses récepteurs, dont il existe deux types particulièrement importants, sont nombreux dans le système nerveux périphérique et dans le système nerveux central. Le baclofène est un agoniste du récepteur gabab, c’est-à-dire qu’en s’y fixant, il reproduit en les amplifiant les effets inhibiteurs du gaba. Le baclofène inhiberait les neurones qui libèrent de la dopamine, neuromédiateur qui intervient dans le circuit de la récompense, dont une sur stimulation favorise l’addiction.

Plusieurs travaux sur l’emploi du baclofène à faibles doses (30 à 60 milligrammes par jour) avaient montré que cette molécule aide à l’abstinence alcoolique. Mais il a fallu attendre 2004 pour qu’un cardiologue français ayant travaillé aux États-Unis, Olivier Ameisen, explique comment en absorbant de fortes doses de baclofène, il avait supprimé sa propre appétence pour l’alcool. Le baclofène avait chez lui éliminé l’anxiété, source de sa dépendance à l’alcool et l’envie impérieuse de boire, nommée craving en anglais.

Cette publication initiale a eu peu de retentissement. O. Ameisen a alors décidé d’écrire un livre à destination du grand public, Le dernier verre, paru en 2008. Il y raconte le cheminement ayant conduit à cette découverte et apporte un remarquable témoignage sur la maladie alcoolique. À la suite de cette publication, qui a médiatisé l’intérêt du baclofène à fortes doses dans la dépendance à l’alcool, quelques médecins ont commencé à le prescrire et ont observé plusieurs succès.

Le baclofène est le remède miracle contre l’alcoolisme

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