Réponse de M. Lechat à Bernard Granger

Cher Collègue

 Certains termes de votre mail sont  peu admissibles, injustes et désobligeants, je ne les commenterai pas.

Sur le fond du sujet baclofène, ma réponse est dans un premier temps la suivante :

Le message des équipes de l’évaluation de l’agence que je vous ai adressé et que j’ai signé n’a d’autre objectif que de rappeler que les AMM sont attribuées à partir de données scientifiques démonstratives du rapport bénéfice / risque favorable d?un médicament dans une indication donnée et soumises par un laboratoire pharmaceutique sous un format bien standardisé.

Nous n’en sommes pas encore là avec le baclofène dans l’indication du traitement de la dépendance alcoolique, même si les premiers résultats obtenus sont très prometteurs. En effet, comme vous le savez très bien, habituellement (sauf exceptions, notamment dans les maladies rares), ce sont les essais cliniques contrôlés qui permettent d’établir que le rapport bénéfice / risque d’un médicament peut justifier d’une AMM dans une indication donnée. Ceci étant, des études épidémiologiques solides, réalisées à grande échelle et fournissant des résultats cohérents, de manière reproductible et convaincants peuvent fournir dans certains cas la base de la démonstration et de l’évidence scientifique et médicale d’une nouvelle indication thérapeutique.

Nous n’y sommes donc pas opposés par principe, mais la méthode de référence reste l’évaluation par les essais cliniques contrôlés (versus traitement de référence quand il existe et versus placebo dans le cas contraire).

De plus, une agence de régulation sanitaire ne peut statuer sans qu’un industriel ayant le statut d’établissement pharmaceutique dépose un tel dossier qui sera soumis à évaluation, comme il se doit. Face à un problème aussi important en termes de santé publique qu’est la dépendance à l’alcool, il est évident qu’un tel dossier devra être utilisable par d’autres autorités sanitaires notamment européennes pour que les patients des autres pays que la France puissent bénéficier d’un tel progrès thérapeutique, comme il semble être raisonnablement espéré dans le cas présent d’après les premiers résultats rapportés des premières études observationelles. Le dossier doit donc être solide et répondre aux normes réglementaires de dépôt d’un dossier d’AMM en 2012.

Un tel dossier de demande d’AMM doit donc être obligatoirement déposé par un laboratoire pharmaceutique qui devra apporter les éléments de qualité/efficacité/sécurité permettant de déterminer les conditions d’utilisation du médicament dans l’indication visée, à savoir en particulier la dose, le rythme des administrations, la durée du traitement, les traitements associés possibles ou non, les conditions de surveillance, les effets indésirables etc. sans oublier les garanties de qualité de la présentation galénique proposée si elle est différente de celle actuellement sur le marché (stabilité en particulier, conditions de conservations etc).

Les données des études cliniques actuellement réalisées devront donc être transmises à un laboratoire pharmaceutique qui devra en garantir la qualité (elles sont susceptibles d’être inspectées par les équipes des inspecteurs de l’agence). De plus, le laboratoire pharmaceutique, titulaire de cette future AMM devra assurer le suivi en termes d’efficacité et surtout de sécurité du médicament une fois cette nouvelle indication obtenue avec notamment les rapports périodiques de sécurité (PSURS), voire des études complémentaires qui seront demandées dans le cadre du plan de gestion des risque, comme c’est le cas habituellement pour les nouvelles AMM. Ces données de sécurité seront particulièrement importantes à obtenir compte tenu des fortes doses préconisées du baclofène dans le traitement du sevrage alcoolique et de la longue durée a priori d’un tel traitement.

Dans l’attente de ces données et du dépôt d’un tel dossier d’AMM en bonnes et dues formes, nous verrons si nous pourrons envisager la possibilité d’obtenir avec l’un des laboratoires commercialisant le baclofène (laboratoire du princeps ou de l’un des génériques) et une fois obtenu un niveau suffisant de données scientifiques (basées sur les premières données de pharmaco-épidémiologie dans un premier temps), un protocole de type RTU (Recommandations Temporaires d’Utilisation) qui pourrait encadrer la prescription hors AMM actuelle du baclofène (et à des doses nettement supérieures à celles de l’AMM actuelle). La nouvelle loi sur le médicament nous offre cette possibilité d’encadrement du hors AMM. Une réunion d’experts pourra être utile dans ce cadre avec cet objectif une fois que les conditions en seront réunies. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant bien entendu. Le risque serait qu’avec une RTU le temporaire dure longtemps?.

Par ailleurs, avez-vous soumis, comme je vous l’ai conseillé de le faire lorsque nous nous étions rencontrés à l’agence il  y a peu de temps, votre projet d’étude clinique épidémiologique de suivi d’efficacité du baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool à l’appel d’offres proposé par l’AFSSAPS sur la pharmaco-épidémiologie autour de la sécurité d’emploi des médicaments ? Ses résultats pourront contribuer à la constitution du dossier d’une RTU puis d’une AMM.

Le protocole de recherche biomédicale du Pr Jaury, que vous citez et qui bénéficie d’un PHRC pour son financement, a été déposé à l’AFSSAPS pour obtenir son autorisation. Ce dossier est en cours d’évaluation par les équipes de l’agence.

Comme vous nous avez informés de la diffusion de votre mail sur internet, je vous remercie de transmettre ma réponse via le même canal.

Bien cordialement vôtre

Pr Philippe Lechat

Directeur de l’Evaluation des Médicaments

AFSSAPS

Réponse  faite à  :  Lettre ouverte du Pr Bernard Granger à L’AFSSAPS

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