Lettre ouverte du Pr Bernard Granger à L’AFSSAPS

Cher Philippe Lechat, cher collègue,

J’ai bien reçu votre courrier du 23 mars, qui m’a profondément déçu. Je vous demande toujours d’organiser une réunion d’experts dépourvus de conflits d’intérêts pour actualiser votre communiqué de juin 2011 sur le baclofène.

Alors que je vous rappelais l’urgence de faciliter la prescription du baclofène à des malades atteints d’une maladie mortelle, vous me parlez encore d’études en double aveugle et de contrôles supplémentaires.

Vous connaissez sans doute la boutade « Les statistiques, c’est pour les losers », qui illustre chez les pharmacologues l’intérêt limité des études contrôlées pour les médicaments dont l’action est évidente.

Toutes les études disponibles convergent pour montrer un taux de succès du baclofène dans l’alcoolisme au moins deux fois supérieur à celui obtenu habituellement sous placebo. L’efficacité en ouvert est d’au moins 50%, probablement plus. Dans l’essai en double aveugle contre placebo du professeur Jaury, l’hypothèse est un taux de réponse de 50% des patients sous baclofène à doses croissantes jusqu’à 300 mg par jour. Je vous joins la dernière publication parue sur le baclofène.

Si vous deviez évaluer un traitement qui guérit 20% des cancers du pancréas, oseriez vous imposer des années d’attente aux malades pour réaliser des études contre placebo ou traitement (inactif) de référence ?

Il y a un moment où vos procédures doivent céder le pas à votre éthique de médecin. Des dizaines de malades meurent tous les mois parce que la prescription de baclofène est découragée par vos services. Vous n’ignorez pas non plus qu’il y a dans le code pénal un article qui concerne la non assistance à personne en danger (Article 223-6).

Cette inertie, cette lenteur coupable à acter l’évidence est liée, vous le savez comme moi, d’une part aux nombreux conflits d’intérêts (avec des molécules concurrentes) de certains des experts qui ont élaboré la recommandation très contestable que vous avez mise en avant, d’autre part au traumatisme subi par l’Afssaps lors de l’affaire du Médiator. Il y aura hélas demain une affaire baclofène et vous serez directement accusé ainsi que monsieur Maraninchi, directeur général de l’Afssaps, et monsieur Xavier Bertrand, ministre de la Santé, que j’ai alertés l’un et l’autre dès juin 2011. Retarder l’usage d’une molécule indispensable peut être aussi grave que de laisser commercialisée une molécule dangereuse. En nombre de morts, l’affaire baclofène risque d’être bien pire que le scandale du Médiator.

Vous ne devez pas sous-estimer la détermination des médecins et des patients qui voient chaque jour les succès du baclofène dans l’alcoolisme. Je ne lâcherai pas cette affaire et en l’absence de réaction très rapide de vos services, j’utiliserai tous les moyens disponibles pour mettre en évidence la faillite de l’Agence et du ministère de la Santé dans cette affaire.

Avec mes sentiments confraternels.

Professeur Bernard GRANGER

Réponse de M. Lechat à Bernard Granger
Baclofène - Association Baclofene