Le Baclocur, un premier médicament contre l’alcoolisme

Commercialisé depuis ce lundi, le Baclocur est remboursé pour soigner la dépendance à l’alcool. Mais le dosage maximal de 80 mg reste insuffisant pour les cas les plus sévères et fait l’objet d’un recours au tribunal administratif.

Désormais, il existe. Pour la première fois, un médicament contre l’alcoolisme, à base de baclofène, vient d’être officiellement autorisé en France. Prescrite illégalement pendant des années, cette molécule controversée, d’habitude utilisée comme décontractant musculaire, avait finalement bénéficié d’une autorisation temporaire en 2014. Mais depuis ce lundi, un traitement, baptisé le « Baclocur », spécialement dédié à la dépendance à l’alcool et remboursé, est enfin arrivé sur le marché.

Après des années de controverses, c’est un espoir pour 3 millions de Français. « Comme beaucoup d’autres, ce n’est pas un comprimé miracle mais c’est le seul efficace dans des proportions qui restent à définir, réagit William Lowenstein, président de la fédération SOS Addictions. Il nous permet d’échapper à la tyrannie de l’abstinence dont on connaît les faibles résultats. L’alcoolisme, c’est l’inverse de la phrase Quand on veut on peut. Là vous voulez mais vous ne pouvez pas. » Pour beaucoup de patients, ce traitement a changé leur vie, leur coupant toute envie de boire.

Un dosage insuffisant pour les dépendances sévères

Ce nouveau comprimé signe-t-il donc la fin d’une saga médicale qui dure depuis plus de dix ans ? Pas certain. « Ce n’est absolument pas une bonne nouvelle », fulmine Christine, 43 ans (le prénom a été modifié), sous Baclofène depuis 2011 et furieuse contre le dosage maximal, fixé à 80 mg par jour.

En effet, sa commercialisation reste limitée alors que des médecins et malades jugent cette quantité insuffisance pour traiter les dépendances modérées et sévères. En 2017, une étude de l’assurance maladie, qui avait mis vent debout plusieurs addictologues, évoquait des risques accrus d’hospitalisation et de décès à fortes doses, d’où les restrictions prises par l’agence du médicament.

Mais selon Christine, une tolérance s’appliquait jusqu’à présent. « Dans le cadre de l’autorisation temporaire, j’arrivais à la pharmacie avec mon ordonnance de 160 mg et j’avais le droit d’être remboursée. Maintenant, ce sera jusqu’à 80 mg et le reste, je devrai le sortir de ma poche. C’est quand même dingue ! On parle d’effets indésirables mais les seuls liés à l’alcool, ce sont les 45000 morts par an. »

Pour garder un traitement efficace, Christine a déjà trouvé une combine. « Mon médecin va me faire deux ordonnances de 80 mg, une pour mon mari, qui n’en a, évidemment pas besoin et une pour moi, ce sera la seule solution pour avoir le bon dosage, mes 10 cachets le matin et 5 l’après-midi. »

« Sans cela je serais morte ou dans un sale état »

Au début, Christine, qui buvait un litre de vodka par jour et un demi-litre de vin pour noyer ses « problèmes de couple et d’angoisse », était même montée à 250 mg. « Sans cela, je serais morte ou dans un sale état », raconte celle qui, seule avec son petit garçon, n’a jamais pu faire de cure de désintoxication. « Aujourd’hui, je ne bois plus qu’une bière le soir, j’ai une vie normale. » Le président du collectif Baclohelp, Thomas Maës-Martin, est aussi furieux contre cette restriction.

« C’est comme si on disait aux diabétiques, l’insuline ne sera désormais remboursée qu’aux malades les moins graves. Pour les personnes faiblement dépendantes à l’alcool, on est content mais pour les autres, on est révolté ! En aucun cas, ce n’est une victoire ».

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